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Moustafa BENSAFI

ANR RATATOUILLE - Le rôle de l’imagination dans la création : du linguistique au neuronal

par Moustafa Bensafi - 7 février 2013

Acteurs 

  • Catherine Rouby (coordinatrice), Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, équipe NEUROPOP, UMR5292, CNRS, INSERM et Université Claude Bernard Lyon
  • Moustafa Bensafi (partenaire), Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, équipe NEUROPOP, UMR5292, CNRS, INSERM et Université Claude Bernard Lyon
  • Barbara Tillmann (partenaire), Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon, équipe CAP, UMR5292, CNRS, INSERM et Université Claude Bernard Lyon
  • Melissa Barkat-Defradas et Françoise Dufour (partenaire), Laboratoire Praxiling, UMR 5267, Montpellier.
  • Fanny Rinck (partenaire), Maître de Conférences, Laboratoire Lidilem, EA609, Université Grenoble 3

 

Période

  •  2008-2011

 

Objectifs du projet 

Ce projet examina l’existence d’une imagerie mentale chez des créateurs en arts culinaires, parfumerie et musiciens compositeurs. Les principales questions posées par le projet étaient : 1) Comment les créateurs de ces différents domaines mobilisent-ils leur imagination ? 2) Sur quoi repose la capacité d’imaginer les odeurs, les flaveurs et les sons chez les créateurs et chez les novices ? Ce projet est né de la rencontre entre art et science à propos des processus d’imagerie dans la modalité olfactive et auditive : d’une part, de célèbres parfumeurs, comme Edmond Roudnistka, disent utiliser une imagination olfactive et concevoir une forme mentale pour un parfum parfois longtemps avant d’entreprendre sa formulation. D’autre part, les recherches sur les processus d’imagerie mentale se développent pour l’imagerie olfactive, en montrant comme dans la modalité visuelle des mécanismes communs sous-tendant la perception et l’imagerie. L’imagerie auditive quant à elle est l’objet de nombreuses publications, moins nombreuses cependant que l’imagerie visuelle. Le travail de création et les recherches sur l’imagerie mentale peuvent s’éclairer mutuellement : nous avons pris le parti dans le cadre de ce projet de les fédérer et de mettre à profit leur complémentarité pour l’étude de l’imagerie mentale dans le processus de création. Deux approches sont menées : 1) L’imagerie comme composante du processus de création, et 2) L’imagerie d’un point de vue neurophysiologique et cognitif.

 

Méthodes 

Les comparaisons que nous avons menées entre les domaines de création concernent d’une part le travail du créateur et le rôle qu’y joue l’imagerie, d’autre part les bases neurocognitives de la capacité d’imagerie. Pour le premier aspect, nous l’avons associé à la variation culturelle : en France, nous avons recueilli les interviews de 11 cuisiniers, 11 parfumeurs, 11 musiciens, au Maghreb, 10 cuisiniers et 10 musiciens. Pour l’aspect neurocognitif, à une comparaison entre experts et novices : l’expérience neurophysiologique impliquait 13 cuisiniers, 15 musiciens, et 15 contrôles non experts dont nous avons enregistré l’activité cérébrale à l’aide de l’électroencéphalographie (EEG) pendant des tâches d’imagerie mentale auditive, olfactive et visuelle.

 

Résultats

L’analyse des discours montre que les créateurs dans les 3 domaines n’ont pas la même position sur le fait qu’ils créent ; ils emploient des démarches différentes, s’adaptent à des contraintes plus ou moins fortes, mais se rencontrent pour admettre que la création dépend d’un équilibre entre le métier et la prise de risque, le prévisible et l’imprévisible. Comme corrélat perceptuel et cognitif de ce métier, tous témoignent d’une capacité d’imagerie mentale qui leur permet de combiner mentalement odeurs, flaveurs ou sons. Leurs discours attestent du phénomène d’intégration conceptuelle qui met en relation différents espaces mentaux et différents systèmes sémiotiques et permet ainsi l’émergence de la nouveauté. Ces espaces mentaux reposent sur la mémoire à long terme que l’on sait reliée aux cortex sensoriels, et sur la mémoire de travail.

L’approche neurocognitive suggère que l’expertise est corrélée à de meilleures performances d’imagerie mentale dans la modalité sensorielle où les experts sont entraînés et sur le plan neuronal à des changements de l’activité cérébrale évoquée par cette imagerie. Pendant cette activité spécifique les musiciens comme les cuisiniers utilisent plus largement les deux hémisphères cérébraux, ce qui est considéré comme un corrélat de la pensée créative. Pendant l’imagerie où ils ne sont pas experts, ils utilisent plus l’hémisphère gauche, comme les novices. Ce projet qui intègre le discours des créateurs avec sa subjectivité, et la mesure de leur comportement avec ses aspects neurophysiologiques est le premier à montrer que le cerveau des cuisiniers fonctionne de façon différente par rapport à celui des non experts, confirme ce fait chez les musiciens, et permet d’envisager des études plus approfondies du cerveau des créateurs.